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Fenêtres sur le passé
1882
150 Brestois abandonnés au pardon de Rumengol

Source : Le Petit Brestois juin 1882
Nous recevons, avec prière de la publier, la note suivante qui nous est communiquée
par des excursionnistes de Rumengol :
Les quais de la petite ville du Faou présentaient hier dimanche un aspect inaccoutumé et fantastique.
Deux rangées de tentes dressées par les soins du gouvernement servaient de campement à cent cinquante brestois abandonnés par les Compagnies des paquebots de la rade qui en prennent bien à leur aise en se moquant
du bon public qu'elles allèchent par des affiches pompeuses.
Rien de féerique comme ces ombres s'agitant pendant la nuit au milieu des feux du bivouac.
Plusieurs abandonnés, voulant quitter cette terre inhospitalière,
avaient pris passage sur des gabares amarrées le long du rivage.
Mais la bonne dame de Rumengol, n'entendait pas lâcher
ainsi ses visiteurs.
Avec les sentiments d'hospitalité que l’on est d'accord à lui reconnaître, elle fit échouer les barques sur les bancs de vase
qui forment la rivière du Faou et les abandonnés,
passant alors à l'état de naufragés, furent obligés de passer la nuit
à la belle étoile et d'admirer forcément le panorama de la rivière
du Faou au clair de la lune en attendant que le père Neptune
leur envoyât la flot sauveur pour faire de nouveau flotter leurs galères et les ramener... au quai du Faou.
Excusez, lecteurs, cette histoire est vraie, mais chargée ;
150 personnes sont bien restées abandonnées par MM. Pennors
et Le Roux sur le quai du Faou où, d'après les affiches placardées
en ville, des vapeurs devaient venir les prendre à 6 heures du soir
pour les ramener à Brest

L'administration n'avait pas pensé à envoyer des tentes, mais en revanche les maîtres d'hôtels et les cabaretiers
du Faou ont reçu d'une façon très courtoise et au plus juste prix les malheureux abandonnés
par les Compagnies de vapeurs de la rade.
Les voituriers y ont aussi gagné.
Plusieurs personnes à court d'argent ont été obligées de regagner Brest à pied ; une dizaine de lieues dans les jambes.
C’est égal, on avait vu jusqu'à ce jour oublier une canne, un parapluie, voire même une belle mère,
mais ce que l'on n'avait pas vu encore, c'est oublier 150 personnes que l'on avait promis d’aller prendre
au quai du Faou, et qui à 1 fr. par personne auraient produit 150 francs de bénéfice à MM. les armateurs.
Quand donc réglementera-t-on les administrations de bateaux à vapeur qui font des services publics.
On a pourtant bien réglementé les Chemins de fer.