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Fenêtres sur le passé
1921
Le cinéma rural

Source : Le Petit Breton 2 janvier 1921
Notre Ministre de l'Agriculture songe à doter nos campagnes du cinéma et il vient d'inaugurer les premiers films préparés par ses services.
Félicitons-le.
Certes, le cinéma nous a saturés d'histoires de brigands et d'inepties, mais est-ce sa faute ?
Est-ce que Gutenberg est responsable de tous les méfaits de l'imprimerie ?
Le cinéma est un honnête instrument il suffit de bien s'en servir.
Il peut non seulement charmer les longues soirées d'hiver, mais encore instruire.
Tel est, d'ailleurs, le but des films préparés par le Ministère de l'Agriculture et qui traitent des sujets intéressant
les cultivateurs :
les résultats d'engrais bien appliqués, les maladies du bétail, les ennemis des cultures, etc..
Disons que, grâce au cinéma et à l'utilisation des photographies successives, on est parvenu à saisir des mouvements imperceptibles à la vision ordinaire, tels que la croissance des plantes.
On pourra voir désormais germer un grain de blé et sa tige se développer devant les yeux du spectateur.
Aux syndicats, aux communes, aux divers groupements de s'adresser
au Ministère pour lui montrer que son initiative ne les laisse pas indifférents.
Tout ce qui peut contribuer à rendre attrayant le séjour à la campagne
doit être regardé comme une œuvre de patriotisme intelligent.
La ville est une mangeuse de vies.

Toute famille déracinée est une famille bien exposée à être atteinte dans sa santé physique ou morale
et à disparaître en deux ou trois générations au plus.
Comparez à l'état-civil de nos villes de l'Ouest, le chiffre des naissances avec celui des décès.
Qu'est-ce donc pour Paris ?
Les temps changent heureusement.
Le campagnard — artisan ou agriculteur — libre chez lui, logé au large, gagnant de l'argent, vivant bien,
commence à se payer la tête de celui qui part en ville, car il sait ce qui l'attend.
Puisse le village n'avoir bientôt plus d'attraits à envier
à la grande ville afin d'enlever le dernier prétexte
à ceux qui veulent le quitter.
L'électricité parcimonieusement distribuée au boulevard éclaire les bourgs de la campagne ;
déjà l'agriculteur cossu, le viticulteur surtout, s'offre une auto : il sourit en pensant que, quand il n'en voudra plus,
elle pourra retapée, faire un taxi qui aura les honneurs
de la ville, comme les morceaux de son vieux cheval fourbu
ont eu les honneurs de la table parisienne ;

il est très flatté de voir M. le Ministre de l'Agriculture lui offrir, en la personne du cinéma,
la fine fleur des distractions urbaines.
Il n'attend plus que M. le Ministre des P. T. T. à améliorer et à étendre ses téléphones, afin qu'on puisse,
comme en Scandinavie, appeler qui on a besoin ;
et, ce jour-là, il ne lui manquera plus grand'chose.